La mystification de Hugues, est l'une des trois nouvelles de Fantasias
se rapportant à la genèse du Béarn, les deux autres étant Beneharnum
et Le mystère d'Arès

LA MYSTIFICATION DE HUGUES

 

 

                                 Il est de notoriété publique que les Béarnais ont fait de tout temps, tout ce qui était en leur pouvoir, pour vivre dans un état souverain, c'est-à-dire pour être libre, surtout par rapport aux sévères contraintes exercées par le pouvoir royal français sur son peuple. Ainsi lorsque François I° imposa l'usage du français à toute la nation pour tous les actes officiels, juridiques, administratifs..., toutes les régions et provinces se plièrent à se diktat, sans mot dire (maudire). Une seule province ne fut pas concernée : le Béarn, qui prouva se faisant, par défaut, qu'il n'était pas français. La principauté de Béarn conserva l'usage du béarnais/gascon dans les actes officiels, hormis ceux provenant du Parlement, jusqu'aux approches de la Révolution. Mais remontons plus avant. On se rappelle les manœuvres adroites de Gaston Fébus qui allaient complètement dans le sens de l'indépendance, quitte à ce qu'il en oublie les promesses d'antan faites par ses aïeux, qui avaient été maintes fois rappelés à l'ordre, par le roi de France ou celui d'Angleterre.   
L'argument massue du roi-soleil béarnais consistait à affirmer qu'il tenait le Béarn de dieu et de dieu seul, et qu'il était donc dans l'impossibilité de le soumettre ou l'abandonner à quiconque ou à quelque puissance que ce fut, puisqu'il n'en était que l'usufruitier. Du fait qu'il n'en était pas l'héritier et du fait de la difficulté d'en référer à son véritable propriétaire, il s'en lavait les mains. Il est vrai qu'il n'était guère facile de monter au ciel pour y chercher, parmi l'invraisemblable quantité de dieux qui se promenaient par là en haut, celui qui était chargé du Béarn, et en sus, lui demander ce qu'il en pensait.
Lorsque le prince noir anglais lui imposa de faire acte d'allégeance, Fébus accepta de se vassaliser  pour toutes ses terres, mais il oublia curieusement le Béarn dans ses promesses. Le temps que le prince noir et son armée de juristes examinent la déclaration, Fébus avait déjà pris la poudre d'escampette, et s'était réfugié dans sa forteresse d'Orthez.   

                            Lorsque le roi de France Charles VII lui fit la même demande, Gaston IV reprit l'argument déjà utilisé par ses aïeux. Sa réponse laissa le roi perplexe, mais il s'en tint toutefois là. Le premier personnage du royaume était alors en butte aux Anglais, et le territoire sur lequel il régnait s'était restreint comme peau de chagrin, ainsi que son pouvoir. Ayant en outre un grand besoin d'alliés pour bouter l'anglais Outre-Manche, il devait faire profil bas par rapport à ses puissants vassaux. Toutefois, quelques années plus tard, alors qu'il prenait le dessus sur l'Anglais, Charles VII exige que Gaston IV de Foix-Béarn, alors âgé de vingt ans seulement, lui rende un hommage en bonne et due forme, bien qu'il soit son principal soutien en Gascogne dans la lutte contre l'ennemi. Notre vicomte reprend à son compte, une formule qu'avait utilisé son devancier Gaston Fébus, en rendant hommage pour le comté de Foix et de Bigorre, les vicomtés de Marsan, Gabardan, Villemur, Lautrec, Nébouzan..., ainsi que les seigneuries de Donezan, Mauvezin, Sauveterre de Bercodan, de Tournay, Auterive, Marquefave, Calmont et même celle de Pimbo aux frontières du Béarn.         
Bizarrement, tout comme le roi-soleil béarnais face au prince noir, il oublia lui aussi le Béarn dans son décompte. Le roi de France prit acte de cette déclaration, mais refusa la mention “par la grâce de dieu”,  reprise de Fébus, et qui était alors réservée aux rois de France.    
Un évènement survenu le 15 décembre 1449, change la donne. Ce jour-là, Gaston IV s'empare de Mauléon après l'avoir assiégé. Très vite, la bannière rouge et jaune des Foix-Béarn flotte sur les remparts de la ville et sur le château. Pour cet acte glorieux, Charles VII félicite notre vicomte et le nomme lieutenant général pour la Guyenne et le Languedoc, en lui confiant des pouvoirs très étendus, afin qu'il poursuive la guerre en son nom, sur la totalité de ce territoire.
Les Anglais ayant été renvoyés dans leurs îles britanniques, Charles VII oublie les promesses tacites faites à Gaston concernant l'indépendance du Béarn et il  lui renouvelle sa demande en précisant qu'il devait lui fournir une preuve formelle,  à même de lui permettre de justifier sa prétention à l'indépendance du Béarn. A cette occasion, Gaston apprit à ses dépens l'odieuse formulette :
 “Une promesse n'engage que celui qui la reçoit.”Après ce virage à 180° du roi de France, Gaston piqua une colère gigantesque. Sa colère passée, il se trouva bien embarrassé. Il se mit en quête du document en question. Il le chercha dans tous les tiroirs du château de Pau, dans les archives qui se trouvaient dans une petite salle spéciale, mais dont l'humidité et les rats avaient malmené les documents. Il alerta tous les secrétaires et gratte-papiers, pour qu'ils cherchent eux aussi. Gaston répétait cette phrase à tout bout de champ ; « L'avez-vous trouvé ? L'avez-vous trouvé ? »
Une phrase qui résonna plusieurs jours d'affilée, à travers les hauts couloirs du château. Ils ne trouvèrent rien de rien. Le vicomte se tira les cheveux et se gratta le crâne jusqu'au sang…, puis il eut une idée...  [la suite sur Fantasias]

 -  Il existe une version béarno-gasconne de cette nouvelle  -

 

 


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