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ÉCRIVAINS   ET   POÈTES

 

Le Béarn a compté un nombre phénoménal de  poètes et écrivains (en béarnais ou non) ; lou maü de la rimalhère
(le mal de la rime) ayant valeur en Béarn, de pandémie , tant il fut et reste  extrêmement contagieux chez nous: 
Toutes les personnalités béarnaises qui comptent si s'ont essayé y compris nos reines et rois
Vous pourrez  retrouver un grand nombre de ces malades sur le web.
- Jules Supervielle (1844-1960), Francis Jammes (1868-1938).....

 

Citons encore Paul-Jean Toulet (1867-1920), né à Pau en 1867, présenté comme un dandy précieux et désoeuvré, il voyagea beaucoup. Désespéré et précieux à la fois, il a largement influencé les poètes du début du siècle - ,  les oloronais Tristan Derême (1889-1941) et  Xavier Navarrot ; dit le Béranger du Béarn, né à Oloron en 1799 ,  Andrée Béarn; Henry Lieutaud ; Jacques Dyssord (1880-1952); l'Académicien et poète , titulaire du prix Goncourt; Pierre Emmanuel (1916-1984) fut reçu à l'Académie française ; il succéda dans ce Temple de la Culture à Louis Barthou d'Oloron , et Bérard de Sauveterre;  Simin Palay (fils de Yan Palay, également félibre), auteur de pièces de théâtre en béarnais, d'un dictionnaire qui fait encore référence, entre autres...  l'aspois Cyprien Despourrins (1698-1759) auteur de chants appréciés jusques'en la cour du roy
                On pourrait ajouter l'orthézien Elisée Reclus ; Saint-John-Perse (alias Alexis Léger: 1887-1975) qui a fait ses études au lycée Louis Barthou de Pau  de 1899 à 1904; il reçut le prix Nobel de littérature en 1960;  Lautréamont (alias Isidore Ducasse), comparant ce même lycée  à une prison dans ses extraordinaires " Chants de Maldoror"; l'aventurier Joseph Peyré (1892-1968) chantre de son Vic-Bilh natal, entre en 1901 au même lycée ( à croire que le cadre ,même lugubre,  les ait  inspirés, pourtant il ne m'a pas inspiré à moi , ancien élève de ce même lycée) : Prix de la Renaissance pour l'Escadron blanc;  il reçut le prix Goncourt en 1935, avec son livre "Sang et Lumière" ; Jean-Louis Curtis, alias Louis Lafitte, né à Orthez (1917-1995) professeur d'anglais; écrivain, fut membre de l'Académie française et reçut lui aussi le Prix Goncourt en 1947, mais son plus beau fait d'armes fut sa participation dans les maquis, pendant que certains....(et oui!!!) ; plus près de nous, la gantoise Paule Constant  a elle aussi remporté le prix Goncourt et d'autres prix annexes....et a bien failli accéder récemment à l'Académie française; ce sera à coup sûr pour le prochain coup. Insiste Paulette. !!!
            Bien d'autres poètes et écrivains  mériteraient d'avoir aussi leur place ici.
Rencontrez-les aussi sur : franceweb.fr/poesie/ ; poesie.webnet.fr/auteurs/ ; feelingsurfer.net ; toutelapoesie.com ; portail.lettres.net ;infosweb.net/histoire/poesies/
et surtout:
 lou nousté   Pierre Bourdieu ; Très grand sociologue, le plus grand contemporain aux yeux de certains, reconnu mondialement et servant de référence. Issu d'une humble famille campagnarde de Denguin où il est né en 1930. Il a vécu son enfance à Lasseube, bourg pour lequel il est toujours resté attaché et près duquel il revenait régulièrement se ressourcer , dans la maison familiale. Décédé et enterré en 2002, dans sa terre béarnaise qu'il n'avait jamais oubliée.   Il était surnommé : "L'homme qui dit NON!" Non d'abord à l'injustice , à toutes les injustices; Non à toutes les aliénations apparentes ou bien souvent déguisées; Non à tous les pouvoirs plus ou moins occultes, mais non moins réels et efficients ...
-Pierre Bourdieu fut l' auteur de nombreux livres , dont le premier portait sur les paysans béarnais. Après avoir écrit nombre de livres à succès ayant eu une consécration internationale; curieusement, est paru après sa mort le dernier livre de Bourdieu
( Le bal des célibataires - Crise de la société paysanne en Béarn) qui traite des difficultés de la vie des paysans béarnais , (ce qui avait été le thème de ses premières recherches et son premier livre) comme si une boucle était bouclée.
MORCEAUX CHOISIS 
 
Donnons l'honneur à Tristan Derême


De Béarn où je vous écris,
Où les troènes sont fleuris,
Loin de Paris
Vous dirai-je quelques nouvelles?
Nul tigre ne miaule aux chemins vicinaux;
Le tonnelier voisin tape sur ses tonneaux;
Et nous jouons aux dominos
En écoutant les tourterelles.

Elles roucoulent vers l'azur;
Trois lézards dorment sur le mur
Et les deux veaux tètent la vache;
Le sureau se balance et l'herbe-des-pampas
Lève au soleil son blanc panache
A côté des bleus catalpas

Le jour succède à la journée;
La nuit est toute illuminée;
Ce n'est qu'astres et vers luisants;
Et je sens que ma destinée
Enfin s'épanouit aux charmes paysans.
 
Qu'ai-je à faire de votre ville?
Et de la Seine aux quais fameux?
Dans ce calme, les gens ont l'âme plus tranquille.
Ils sourient et je fais comme eux
 
Ils n'ont souci de nos histoires
Ni des vers que nous publions.
Ils ont du pain dans leurs armoires
Et des prés emplis de grillons.
On n'en voit aucun qui s'enivre
A tourner les pages d'un livre;
Mais ils décrochent un jambon,
Un gros pain jaillit de sa toile;
Tomates et piments fredonnent dans la poêle;
Vous jugeriez que c'est fort bon!

Caprice 1930

Saisir

Saisir, saisir le soir, la pomme et la statue,
Saisir l'ombre et le mur et le bout de la rue.

Saisir le pied, le cou de la femme couchée
Et puis ouvrir les mains. Combien d'oiseaux lâchés

Combien d'oiseaux perdus qui deviennent la rue
L'ombre, le mur, le soir, la pomme et la statue!

Jules Supervielle


Il va neiger

Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens
De l’an dernier. Je me souviens de mes tristesses
Au coin du feu. Si l’on m’avait demandé: qu’est-ce?
J’aurais dit: laissez-moi tranquille. Ce n’est rien.

J’ai bien réfléchi, l’année avant, dans ma chambre,
Pendant que la neige lourde tombait dehors,
J’ai réfléchi pour rien. À présent comme alors je fume,
Je fume ma pipe en bois avec un bout d’ambre.

Ma vieille commode en chêne sent toujours bon.
Mais moi j’étais bête parce que tant de choses
Ne pouvaient pas changer et que c’est une pose
De vouloir chasser les choses que nous savons.

Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous? 
c’est drôle;
Nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas,
Et cependant nous les comprenons, et les pas
D’un ami sont plus doux que de douces paroles.

On a baptisé les étoiles sans penser
Qu’elles n’avaient pas besoin de nom, et les nombres
Qui prouvent que les belles comètes dans l’ombre
Passeront, ne les forceront pas à passer.

Et maintenant même, où sont mes vieilles tristesses
De l’an dernier? À peine si je m’en souviens.
Je dirais: Laissez-moi tranquille, ce n’est rien,
Si dans ma chambre on venait me demander: qu’est-ce?

Francis Jammes


J'ai trouvé mon Béarn

J’ai trouvé mon Béarn le même,
Le morne Béarn des jours froids,
Et trouvé tous ceux que j’aime
Les mêmes qu’autrefois.
 
J’écoute à travers l’air sonore
Croasser les corbeaux, leurs cris
Dans mon cœur éveillent encore
Les battements de jadis.
 
Je revois le vieux mur d’où celle
Que j’aimais, souvent m’a parlé
Et rien ne me manque, rien qu’elle,
Et l’amour, comme elle, envolé.

Paul-Jean Toulet / Carresse, 1889.


Quelquefois...

Quelquefois, après des ébats polis,
J'agitai si bien, sur la couche en déroute,
Le crincrin de la blague et le sistre du doute
Que les bras t'en tombaient du lit.

Après ça, tu marchais, tu marchais quand même ;
Et ces airs, hélas, de doux chien battu,
C'est à vous dégoûter d'être tendre, vois-tu,
De taper sur les gens qu'on aime

Paul-Jean Toulet


Chanson 

Mon cheval arrêté sous l'arbre plein de tourterelles, je siffle un sifflement si pur, qu'il n'est promesses à leurs rives que tiennent tous ces fleuves. 
Feuilles vivantes au matin sont à l'image de la gloire...

Et ce n'est point qu'un homme ne soit triste, mais se levant avant le jour et se tenant avec prudence dans le commerce d'un vieil arbre, appuyé du menton à la dernière étoile,
il voit au fond du ciel de grandes choses pures qui tournent au plaisir.

Mon cheval arrêté sous l'arbre qui roucoule, je siffle un sifflement plus pur...
Et paix à ceux qui vont mourir, qui n'ont point vu ce jour.
Mais de mon frère le poète, on a eu des nouvelles. Il a écrit encore une chose très douce. Et quelques-uns en eurent connaissance. 

Saint-John Perse  

Vivre encore

Ce qu'il faut de nuit
Au-dessus des arbres,
Ce qu'il faut de fruits
Aux tables de marbre,
Ce qu'il faut d'obscur
Pour que le sang batte,
Ce qu'il faut de pur
Au coeur écarlate,
Ce qu'il faut de jour
Sur la page blanche,
Ce qu'il faut d'amour
Au fond du silence.
Et l'âme sans gloire
Qui demande à boire,
Le fil de nos jours
Chaque jour plus mince,
Et le coeur plus sourd
Les ans qui le pincent.
Nul n'entend que nous
La poulie qui grince,
Le seau est si lourd.

Jules Supervielle


Le tremble est blanc

Le temps irrévocable a fui. L'heure s'achève.
Mais toi, quand tu reviens, et traverses mon rêve,
Tes bras sont plus frais que le jour qui se lève,
Tes yeux plus clairs.

A travers le passé ma mémoire t'embrasse.
Te voici. Tu descends en courant la terrasse
Odorante, et tes faibles pas s'embarrassent
Parmi les fleurs.

Par un après-midi de l'automne, au mirage
De ce tremble inconstant que varient les nuages,
Ah ! verrai-je encor se farder ton visage
D'ombre et de soleil ?

Paul-Jean Toulet


L'enfant lit l'almanach

L'enfant lit l'almanach près de son panier d'oeufs.
Et, en dehors des Saints et du temps qu'il fera,
elle peut contempler les beaux signes des cieux :
Chèvre, Taureau, Bélier, Poisson, et coetera.

Ainsi, peut-elle croire, petite paysanne,
qu'au-dessus d'elle, dans les constellations,
il y a des marchés, pareils avec des ânes,
des taureaux, des béliers, des chèvres, des poissons.

C'est le marché du Ciel sans doute qu'elle lit.
Et, quand la page tourne au signe des Balances,
elle se dit qu'au Ciel comme à l'épicerie
on pèse le café, le sel, et les consciences.

Francis Jammes


Aimez-vous le passé

Aimez-vous le passé
Et rêver d'histoires
Évocatoires
Aux contours effacés ?

Les vieilles chambres
Veuves de pas
Qui sentent tout bas
L'iris et l'ambre ;

La pâleur des portraits,
Les reliques usées
Que des morts ont baisées,
Chère, je voudrais

Qu'elles vous soient chères,
Et vous parlent un peu
D'un coeur poussiéreux
Et plein de mystère.

Paul-Jean Toulet

 

Les chants de Maldoror du comte de  Lautréamont  alias  Isidore Ducasse

-Extraits du Chant Premier :

"J'ai vu, pendant toute ma vie, sans en excepter un seul, les hommes, aux épaules étroites, faire des actes stupides et nombreux, abrutir leurs semblables, et pervertir les âmes par tous les moyens. Ils appellent les motifs de leurs actions : la gloire.
En voyant ces spectacles, j'ai voulu rire comme les autres ; mais cela, étrange imitation, était impossible. J'ai pris un canif dont la lame avait un tranchant acéré, et me suis fendu les chairs aux endroits où se réunissent les lèvres..."

-Extraits du Chant Deuxième :
"Quelquefois il s'écriait : "je vous ai créés ; donc j'ai le droit de faire de vous ce que je veux. Vous ne m'avez rien fait, je ne dis pas le contraire. Je vous fais souffrir, et c'est pour mon plaisir". Et il reprenait son repas cruel, en remuant sa mâchoire inférieure, laquelle remuait sa barbe pleine de cervelle. O Lecteur, ne te fait-il pas venir l'eau à la bouche ? N'en mange pas qui veut d'une pareille cervelle, si bonne, toute fraîche, et qui vient d'être pêchée il n'y a qu'un quart d'heure dans le lac aux poissons (hommes)."

-Extraits du Chant Quatrième :
"Je suis sale. Les poux me rongent. Les pourceaux, quand ils me regardent, vomissent. Les croûtes et les escarres de la lèpre ont écaillé ma peau, couverte de pus jaunâtre. Je ne connais pas l'eau des fleuves, ni la rosée des nuages. Sur ma nuque, comme sur un fumier, pousse un énorme champignon ombellifère."

-Extraits du Chant Sixième :
"O Maldoror, est-il arrivé le jour où tes abominables instincts verront s'éteindre le flambeau d'injustifiable orgueil qui les conduit à l'éternelle damnation !"

 

Biographie

Je dirai pour l’instruction des biographes
Que ton corsage avait quarante-deux agrafes,
Que dans tes bras toute la nuit j’étais inclus,
Que c’était le bon temps, que je ne quittais plus
Ta chambre qu’embaumait un pot d’héliotrope
Duhamel animait son héroïque Anthrope,
Pellerin habitait Pontcharra et Carco
49, quai de Bourbon, Paris. Jusqu’au
Matin je caressais tes jambes et ta gorge.
Tu lisais Chantecler et le Maître de Forges ;
Tu ignorais Laforgue estimant qu’avec art
Écrivaient seulement Botrel et Jean Aicard.
Mais au bord du Viaur embelli de ses rêves
Frêne, pâle et barbu, méditait sur les Sèves,
Et Deubel, revêtu des velours cramoisis,
Publiant au Beffroi ses Poèmes choisis,
Déchaînait dans les airs le tumulte des cuivres.
 
Et j’aimais beaucoup moins tes lèvres que mes livres.

Tristan Derême

 

Béarn

C'est dans le Béarn aux belles pierres que je suis éclos. L'air est si pur, des montagnes, que c'est une volupté, presque une souffrance de le respirer seulement. Aérien berceau de mes premiers rêves, azur, et vous dimanches de Béarn qui, des Gaves à la montagne, sonnez vêpres dans un ciel d'or. D'ici, lorsque le regard s'incline vers les eaux, on a le soleil sur la tête et Gelos riant à ses pieds, où fleurissent les chemin de la Vallée Heureuse

Paul-Jean Toulet

 

 

«Une seule et longue phrase...»

 

Une éloquence obscure, sentencieuse, profère les grandes forces élémentaires et les paysages immuables. Les villes fabuleuses, les terres lointaines, les figures grandioses des princes et des conquérants, les grands événements, tout semble saisi dans une même clameur, dans «une seule et longue phrase sans césure», «comme un cri répété par mille sentinelles», embrassant l'espace planétaire et l'espace historique, le présent, le passé et l'avenir. Aussi la double totalité des événements cosmiques et historiques apparaît-elle comme un ensemble clair, amplifié par un «cirque de vision».

Saint-John Perse

 

 
 
* Voici une sélection de livres portant sur l'enfance en Béarn au siècle passé, 
exprimée directement ou indirectement:
-Arasco Celou (1921-1951):     La côte des malfaisants (Julliard 1948)
                                Terrain vague (Juillard 1949)
                                 Les joies de la tulipe (Julliard 1950)
-Bellocq Louise:       La ferme de l'ermitage (Gallimard 1955)
-Bourdieu Pierre:     Les héritiers (1966)
                                     La reproduction (1970)
                                     La distinction (1979)
-Cazamayou Marie-Luce: Saint-Antoine, faites qu'on ait la télé (Ipadour 1985)
                                      Farouche (Ipadour 1986)
                                      Arrière-Saison (Auberon 1992)
-Constant Paule:        Propriété privée (Gallimard 1981)
-Curtis Jean-Louis:    Les jeunes hommes (Juillard 1946)
                                  La quarantaine (Juillard 1966)
                                  Les forêts de la nuit (Prix Goncourt 1947)
                                  Les justes causes (1974)
-Dutech Hubert :    Le temps des grues (2009)
-Grenier Roger:     Le palais d'hiver (Gallimard 1965)
                                 Ciné-roman (Gallimard 1972)
                                 Le Pierrot noir (Gallimard 1986)
-Lalanne Denis:    Le devoir de français 
-Massip Renée:      La régente (Gallimard 1954)
                                 Les passants du siècle (Grasset 1981)
-Peyré Joseph:      Souvenirs d'une enfance ( Grasset 1958)
                                 De mon Béarn à la mer basque (Flammarion 1952)
                                 Le puits et la maison (Flammarion 1955)
-Sjoberg Henri :     Villa Gavarnie ou les bonheurs d'une enfance (Seuil 1985)
                         
 

*Une liste de prénoms béarnais recueillis dans des textes du moyen-âge ,
donc authentiques, peut en intéresser certains:
ANAR